L'attaque ukrainienne contre un navire iranien dévoile la nature mondiale de la guerre impérialiste

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse à une conférence de presse à Kiev, en Ukraine, le dimanche 24 août 2025. [AP Photo/Efrem Lukatsky]

L'attaque ukrainienne contre un cargo iranien en mer Caspienne marque une nouvelle étape dans la fusion entre la guerre de l'OTAN contre la Russie et la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Elle confirme l'avertissement lancé par David North le 1er mai 2026 : «La guerre mondiale n'est pas une menace future, mais une réalité qui se déroule sous nos yeux.»

Une guerre mondiale ne sort pas d'une simple déclaration. Elle se déroule comme un processus: par l'enchaînement de guerres régionales, d'opérations par procuration, de sanctions, de blocus, de déploiements navals et de frappes de longue portée. L'intervention ukrainienne contre une cible iranienne illustre parfaitement ce processus.

Une frappe ukrainienne de drone longue portée a tué un marin et en a blessé un autre. Elle visait un navire iranien, l'Ana, en mer Caspienne, une mer bordée par la Russie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan, mais pas par l'Ukraine. Kiev a affirmé que le navire transportait des drones et des missiles à destination de la Russie. Téhéran a dénoncé l'attaque comme une agression contre un navire marchand.

Cette attaque révèle la grande supercherie de la propagande entourant la guerre en Ukraine. Pendant des années, cette guerre a été présentée par les puissances impérialistes et leurs médias comme une lutte purement défensive de l'Ukraine contre une invasion russe «non provoquée». Ce mensonge a été utilisé surtout en Allemagne pour justifier le plus important réarmement depuis Hitler et une nouvelle offensive militaire contre la Russie.

L'invasion de l'Ukraine par le Kremlin en 2022 était réactionnaire. C’était la réponse d'un régime capitaliste oligarchique à l'encerclement et aux provocations incessantes contre la Russie de la part de l'OTAN. Elle a divisé les travailleurs russes et ukrainiens, renforcé l'OTAN et fourni aux puissances impérialistes le prétexte d’une escalade. Mais elle n’était pas «non provoquée», et elle ne change en rien la nature de la guerre menée actuellement par l'OTAN à travers sa marionnette ukrainienne.

La frappe ukrainienne contre un navire iranien le confirme sans équivoque. Une guerre prétendument menée pour défendre la souveraineté ukrainienne a engendré une attaque ukrainienne contre un navire iranien loin des frontières de l'Ukraine, au moment même où les États-Unis et Israël mènent une guerre d'agression criminelle contre l'Iran.

Les fronts de la guerre ne sont pas séparés. On est sciemment en train de les joindre entre eux. L'Ukraine n'est plus seulement un instrument de l'OTAN contre la Russie; elle devient une force auxiliaire dans l'offensive impérialiste plus vaste contre l'Iran et contre tous les États considérés comme des obstacles à la domination américaine et européenne de l'Eurasie.

Cela met à nu les tendances pseudo de gauche qui prétendent que la guerre en Ukraine est une «bonne guerre» tandis que celles contre Gaza et l’Iran seraient de « mauvaises guerres ». Zelensky lui-même a brisé cette fiction. L'Ukraine ne reste pas à l'écart du conflit israélo-américain au Moyen-Orient; elle y intervient activement. Soutenir la guerre de l'OTAN par le biais de l'Ukraine tout en dénonçant le génocide de Gaza ou l'offensive contre l'Iran, c'est soutenir l'un des fronts dans la même offensive impérialiste mondiale.

Il est impossible de s'opposer au génocide à Gaza ou à la guerre israélo-américaine contre l'Iran tout en restant indifférent, voire en soutenant activement, la guerre menée par l'OTAN contre la Russie en Ukraine. Zelensky l'a clairement affirmé. En attaquant un navire iranien et en présentant l'Ukraine comme un atout pour Washington dans le conflit avec Téhéran, Kiev démontre sa volonté de servir l'impérialisme partout où cela lui permet d'obtenir davantage d'armes, d'argent et de soutien politique. L'Ukraine se propose comme chien d'attaque des puissances impérialistes.

C’est là la transformation de l'Ukraine en un Israël de l’Europe de l'Est: un avant-poste militarisé de l'impérialisme, surarmé, dépendant des financements et des armes impérialistes, gouverné par des forces fascisantes et utilisé contre les ennemis stratégiques des États-Unis et de l'Europe. Prétendre que l'Ukraine se bat pour la « démocratie » est une imposture. Le régime de Zelensky a interdit les partis d'opposition, réprimé les syndicats indépendants, prolongé le régime de la loi martiale, glorifié les collaborateurs nazis et emprisonné les opposants socialistes à la guerre comme Bogdan Syrotiuk.

La presse bourgeoise commence à reconnaître, de manière déformée, le processus analysé depuis longtemps par le World Socialist Web Site. Le Financial Times a cité la frappe ukrainienne en mer Caspienne dans une chronique intitulée « Ukraine, Iran et comment les guerres régionales deviennent mondiales ». La Frankfurter Allgemeine Zeitung a salué l'attaque comme un message non pas adressé à Téhéran, mais à Trump : Zelensky montrait ainsi que l'Ukraine et les États-Unis avaient « les mêmes ennemis » et que Kiev n'était « pas seulement un suppliant» mais pouvait se rendre utile à Washington.

L'attaque est saluée en Allemagne car elle présente la Russie et l'Iran comme un seul et même ennemi et renforce l'engagement des États-Unis dans la guerre en Ukraine. Berlin craint que Trump ne cherche à conclure un accord séparé avec Poutine afin de réduire l'engagement américain et de compromettre les objectifs allemands et européens en Europe de l'Est et en Eurasie. Sa réponse consiste à intensifier le conflit et à fusionner les fronts entre eux.

L'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et les autres puissances européennes ont profité de la guerre en Ukraine pour lancer le plus important réarmement depuis la Seconde Guerre mondiale, rétablir la conscription et transformer l'Europe en économie de guerre. Elles soutiennent également l'offensive américano-israélienne contre l'Iran et le génocide perpétré par Israël à Gaza. Leurs divergences avec Trump ne portent pas sur le choix entre la guerre et la paix, mais sur le leadership, le calendrier, les coûts et le partage du butin.

L'Ukraine n'agit pas en tant que force nationale indépendante. Sa guerre de longue haleine contre la Russie est politiquement couverte, financée, militairement soutenue, technologiquement et stratégiquement coordonnée par l'OTAN, et surtout par l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Quel que soit le mécanisme opérationnel précis à l'origine de l'attaque en mer Caspienne, celle-ci s'inscrit dans le cadre plus large de la guerre menée par l'OTAN.

L’itinéraire ciblé a une importance stratégique majeure. Astrakhan, sur la rive nord de la mer Caspienne, est un carrefour logistique essentiel entre la Russie et l'Iran, et le Corridor caspien est devenu une voie d’alternative pour le commerce, l'énergie et les approvisionnements militaires. Les attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes, les menaces américano-israéliennes contre les infrastructures d'exportation de pétrole iraniennes et contre le détroit d'Ormuz, ainsi que la pression militaire de l'OTAN sur la Chine, constituent des fronts interconnectés. Navires, ports, raffineries, oléoducs et voies maritimes deviennent des cibles directes dans une guerre pour le contrôle des artères vitales de l'économie mondiale.

La justification officielle de l'attaque en mer Caspienne est que l'Iran a fourni à la Russie des drones et d'autres armes utilisées contre l'Ukraine. Mais chaque État impliqué pourrait avancer le même argument. L'Iran pourrait revendiquer le droit d'attaquer des cibles ukrainiennes ou liées à l'OTAN car l'OTAN arme Israël et les États-Unis bombardent l'Iran. La Russie pourrait revendiquer le droit d'attaquer des plateformes logistiques de l'OTAN car l'OTAN arme et dirige l'Ukraine. C'est la logique d'une guerre mondiale: chaque front devient le prétexte d’une escalade sur un autre front.

La guerre mondiale en train de se développer ne résulte pas de l'agressivité supposée d'un «axe d'adversaires» englobant l'Iran, la Corée du Nord, la Russie et la Chine, comme l'affirme la presse impérialiste. Elle a son origine dans la crise historique du capitalisme mondial et dans la volonté des impérialismes américain et européen d'enrayer leur déclin par la guerre. L'Iran, la Russie et la Chine sont pris pour cible car ils sont perçus comme des obstacles à la domination de l'Eurasie et de l'économie mondiale par les puissances impérialistes.

Il n'existe aucun courant progressiste parmi les gouvernements capitalistes impliqués. Les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et Israël mènent des guerres impérialistes prédatrices. Le régime de Zelensky est un gouvernement fantoche droitier, instrumentalisé par l'OTAN. Le régime de Poutine représente l'oligarchie russe; le régime iranien est incapable de mobiliser la classe ouvrière contre l'impérialisme.

Les travailleurs d'Ukraine, de Russie, d'Iran, d'Israël, d'Europe, des États-Unis et de Chine n'ont aucun intérêt à s'entre-tuer pour les profits et les ambitions stratégiques de leurs classes dirigeantes. Il est urgent de construire un mouvement anti-guerre international ancré dans la classe ouvrière, de rompre avec tous les partis capitalistes, de développer des comités de la base pour s'opposer à la production d'armes, au transport de matériel militaire, à la conscription, à l'austérité et à la répression, et de lutter pour la libération de Bogdan Syrotiuk et de tous les prisonniers anti-guerre. Il est urgent de construire le Comité international de la Quatrième Internationale comme direction révolutionnaire de la classe ouvrière internationale.

(Article paru en anglais le 30 juillet 2026)

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