Donald Trump et l’Iran annoncent un accord de cessez-le-feu

Des ouvriers déblaient les décombres près d'un immeuble endommagé par un raid aérien israélien à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le dimanche 14 juin 2026. [AP Photo/Bilal Hussein]

Les États-Unis et l'Iran ont annoncé dimanche un accord de cessez-le-feu, suspendant, pour l'instant, la guerre déclenchée par l'administration Trump le 28 février et qui a fait des milliers de morts. « L'accord avec la République islamique d'Iran est désormais conclu », a écrit le président Donald Trump sur Truth Social, ordonnant la levée du blocus naval américain de l'Iran et la réouverture du détroit d'Ormuz. « Navires du monde, démarrez vos moteurs ! », a-t-il écrit. « Que le pétrole coule à flots ! »

Si les termes de l'accord restent confidentiels, une chose est d'ores et déjà claire : l'administration Trump n'a atteint aucun des objectifs qui l'ont poussée à entrer en guerre. Elle visait à renverser le gouvernement iranien, à détruire son programme nucléaire, à briser son armée et à s'emparer du détroit d'Ormuz. Elle n'a rien accompli de tout cela.

Trump a réagi à cet échec en niant avoir cherché à renverser le gouvernement iranien. « En ce qui concerne un changement de régime, je ne m'en suis jamais soucié », a-t-il déclaré dimanche au Wall Street Journal.

En réalité, son administration avait passé toute l'année à tenter de faire tomber le gouvernement. Dès le début, elle a financé et armé des manifestants en Iran. « Nous avons envoyé des armes aux manifestants, en grand nombre », avait déclaré Trump en avril.

Après que cela a échoué, les États-Unis et Israël ont eu recours à l'assassinat. Les premières frappes, le 28 février, ont tué le guide suprême iranien Ali Khamenei, le commandant des Gardiens de la révolution Mohammad Pakpour et le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, ainsi qu'une grande partie du commandement militaire. Le gouvernement n'est pas tombé. Le fils de Khamenei, Mojtaba, lui a succédé, et c'est le Conseil de sécurité nationale de ce dernier qui a approuvé l'accord de dimanche.

S’en est suivie une campagne de bombardements à travers l’Iran qui a fait au moins 3468 morts, selon le ministère iranien de la Santé, et un blocus naval imposé le 13 avril. Des avions de combat américains ont détruit des réservoirs d’eau à Sirik, qui alimentaient plus de 20 000 personnes, et ont bombardé des pétroliers forçant le blocus, tuant trois marins indiens à bord du Settebello cette semaine. Après deux mois, le blocus n’a pas contraint l’Iran à capituler, et le détroit d’Ormuz est resté fermé par décret de Téhéran jusqu’à dimanche.

Aucun accord avec l’impérialisme américain ne vaut le papier sur lequel il est écrit. En 2015, l’administration Obama a signé l’accord nucléaire connu sous le nom de Plan d’action global commun (JCPOA), en vertu duquel l’Iran acceptait des limites strictes en matière d’enrichissement et des inspections intrusives. L’Iran a respecté ses engagements – l’Agence internationale de l’énergie atomique l’a certifié dans de nombreux rapports – mais en mai 2018, Trump a dénoncé l’accord, le qualifiant d’« accord horrible et unilatéral ». Obama, signataire de cet accord, a déclaré dimanche qu'il était « peu probable qu'un éventuel accord soit sensiblement différent ou représente une amélioration significative par rapport à l'accord initial... avant que les États-Unis ne s'en retirent ».

Ce scénario s'est répété l'an dernier. Trump avait annoncé un « cessez-le-feu complet et total » en juin 2025 pour mettre fin à la guerre des Douze Jours entre Israël et l'Iran. Cette trêve a tenu jusqu'au 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël l'ont rompue, déclenchant une guerre désormais suspendue.

Tout en proclamant la paix dimanche, Trump a menacé de reprendre les hostilités. Le New York Times a rapporté que, lors d'un appel téléphonique, il avait déclaré qu'il «relancerait les attaques militaires contre Téhéran » si l'Iran ne parvenait pas à un accord nucléaire définitif, ou bien qu'il ferait des États-Unis le « gardien du Moyen-Orient » en échange de 20 % des revenus de la région.

L'accord prévoit un cessez-le-feu de 60 jours, qui sera signé vendredi à Genève par le vice-président J.D. Vance et des responsables iraniens. L’avenir du programme nucléaire iranien et la levée des sanctions américaines seront négociés durant ces 60 jours, et le texte de l’accord n’a pas été publié.

Les affirmations de Trump concernant l'accord étaient aussi creuses que sa description de la guerre. Il s'est vanté que le détroit d'Ormuz serait « définitivement exempt de péage », mais le mémorandum ne suspend les péages que pour 60 jours. L'Iran n'appliquait aucun péage avant la guerre ; l'accord rétablit le statu quo d'avant-guerre. Trump a déclaré que l'inspection des matières nucléaires iraniennes pouvait attendre : « Nous récupérerons les restes du nucléaire plus tard, quand nous serons prêts à le faire… il n'y a pas d'urgence.»

L'accord couvre nominalement le Liban, où Israël mène une guerre parallèle qui a fait plus de 3700 morts. Quelques heures avant l'annonce, Israël a bombardé la banlieue sud de Beyrouth, tuant trois personnes, lors d'une frappe qui a failli faire échouer l'accord. Trump a déclaré que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait fait preuve d'« un manque de discernement » et a demandé à toutes les parties de « se retirer ». Israël, qui n'était pas partie prenante aux négociations, n'a pas approuvé l'accord, et des personnalités politiques israéliennes de tous bords l'ont dénoncé.

La réaction des démocrates aux initiatives de Trump en faveur d'un accord avec l'Iran s'est articulée autour de l'accusation d'avoir échoué à défendre les intérêts de l'impérialisme américain. Le représentant démocrate Seth Moulton, du Massachusetts, a qualifié les termes de l'accord de « véritable capitulation de Donald Trump face au guide suprême iranien ».

Le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, invité de l'émission « Meet the Press » sur NBC, a déploré que la guerre ait empiré la situation des États-Unis : « La situation ne s'est pas améliorée pour nous. Elle a empiré. En réalité, l'Iran est plus fort que jamais. »

Il convient de lancer un avertissement. Quels que soient les échecs et les revers de ces quatre derniers mois, l'impérialisme américain ne fera que redoubler d'efforts pour dominer le Moyen-Orient et le monde par la force militaire.

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