Le premier mois de 2026 a été marqué par l'explosion de l'impérialisme américain. Tout a commencé avec l'invasion du Venezuela par l'administration Trump et l'enlèvement du président Nicolas Maduro. Cela s'est poursuivi avec la revendication virulente de Trump de posséder le Groenland et de contrôler ses ressources naturelles et les routes maritimes arctiques. Et cela culmine à présent avec la mobilisation d'une véritable armada de navires de guerre américains au Moyen-Orient, prêts à frapper l'Iran.
L'étendue de la brutalité et de la criminalité de l'impérialisme américain, impulsé par Trump, occulte souvent les intentions agressives des puissances impérialistes européennes, ou alimente la croyance erronée que l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne – les anciennes puissances coloniales – seraient plus «humanitaires» que leur rival transatlantique. Les propos tenus cette semaine par le chancelier allemand Friedrich Merz, dont le contenu n'était pas sans rappeler par son contenu le Führer nazi Adolf Hitler, devraient dissiper toute illusion à ce propos.
S'adressant au Parlement allemand, Merz a inscrit ses propos dans le contexte d'une nouvelle ère de «rivalité entre grandes puissances». « Depuis plusieurs semaines, nous constatons de plus en plus clairement l'émergence d'un monde de grandes puissances. Un vent violent souffle sur ce monde, et nous en ressentirons les effets dans un avenir prévisible», a-t-il déclaré. Cette rhétorique vise à imposer la «nouvelle ère» de politique étrangère officiellement proclamée, qui a vu tous les partis parlementaires s'unir pour consacrer 1 000 milliards d'euros aux préparatifs de guerre et imposer pour les financer des coupes budgétaires dans les dépenses sociales.
La réponse de Merz à la nouvelle situation mondiale qu’il a décrite aurait tout aussi bien pu venir d'un discours d'Hitler du début des années 1930. «Nous ne pourrons mettre en œuvre nos idées dans le monde, au moins en partie, que si nous apprenons nous-mêmes à parler le langage de la politique de puissance, si nous devenons nous-mêmes une puissance européenne», a-t-il déclaré aux députés. Il entendait par là rien moins que la transformation de l'Europe en grande puissance militaire indépendante sous l'égide de l'Allemagne.
Merz de poursuivre: «Premièrement, nous devons prendre notre sécurité en main. Cela exige des mesures pour réduire les dépendances […] Cela exige que nous investissions massivement dans nos propres capacités de défense européennes». L’invocation de la «souveraineté» et de l’«indépendance » sert de couverture idéologique à une offensive de réarmement historique dont l’ampleur n’est comparable qu’à la militarisation allemande ayant précédé les deux guerres mondiales.
«Avec la majorité de cette Chambre, nous avons décidé l'an dernier de porter nos dépenses de défense nationale à 5 pour cent du produit intérieur brut», s'est vanté Merz. En chiffres absolus, cela représente un budget de guerre de plus de 200 milliards d'euros par an, soit plus que les dépenses cumulées pour l'éducation, la santé et les prestations sociales. Merz a explicitement présenté cette voie comme un modèle: «Nous avons ouvert la voie, et d'autres pays européens nous ont suivis.»
Ce réarmement est inextricablement lié à des coupes budgétaires drastiques des dépenses sociales. Les attaques lancées contre l'emploi, les salaires, les retraites et les services publics servent non seulement à financer directement l'armée, mais visent encore à rendre le capitalisme allemand et européen «compétitif» à l’international. «Deuxièmement, nous devons rendre notre économie à nouveau compétitive», a déclaré Merz, faisant référence à l’«écart de croissance» grandissant avec les États-Unis et la Chine. Selon lui, la capacité de l'Allemagne à influencer la politique mondiale dépendait «avant tout de sa puissance économique», c'est-à-dire de sa capacité à accroître ses profits et à accéder aux marchés et aux sources de matières premières, y compris par des moyens militaires.
Ce que Merz et la classe dirigeante envisagent, c'est une «Europe forteresse» autoritaire – semblable à la dictature que Trump cherche à instaurer aux États-Unis – qui imposerait ses intérêts impérialistes partout dans le monde, le tout sous égide allemande. «Troisièmement, nous devons rester unis en Europe sur ces questions», a exigé Merz, déclarant sans détours: «L'unité est facteur de puissance dans le monde.» Il entend par là la défense concertée des intérêts impérialistes européens par la coercition économique et militaire – contre la Russie et la Chine, mais aussi, de plus en plus, contre les États-Unis.
Pour illustrer la «puissance» européenne, Merz a cité le rôle de premier plan des Européens dans la guerre menée par l'OTAN contre la Russie en Ukraine et l'action commune contre les droits de douane punitifs que le président américain Trump menaçait d'imposer aux puissances européennes qui s'opposaient à sa tentative d'annexion du Groenland. Quiconque pensait «pouvoir mener une politique contre l'Europe par le biais de droits de douane» devait savoir «que nous sommes prêts à nous défendre et capables de le faire». Il a toutefois souligné: «nous ne voulons pas mettre en péril de manière inconsidérée les alliances établies».
Tant que l'Europe aura besoin de temps pour un réarmement massif et, surtout, continuera de dépendre du soutien de Washington dans l'offensive militaire de l'OTAN contre la Russie, Merz tient à éviter une confrontation ouverte avec les États-Unis. Cette retenue tactique ne change rien au fait que l'impérialisme allemand aspire de plus en plus explicitement à jouer le rôle d’une puissance mondiale indépendante.
«Le réalignement mondial actuel offre également une opportunité à tous les acteurs qui privilégient les règles à l'arbitraire et qui voient plus d'avantages dans un commerce libre et équitable que dans la poursuite unilatérale de leurs propres intérêts», a expliqué Merz. Il a décrit l'Allemagne comme faisant partie d'un «réseau dynamique et agile d'États souverains» et, dans ce contexte, a particulièrement salué les accords commerciaux que l'Union européenne prévoit de conclure avec l'Inde et les États du Mercosur en Amérique latine.
La tentative de Merz de présenter sa quête de puissance mondiale comme la défense d'un «ordre international fondé sur des règles» est particulièrement cynique. En réalité, l'Allemagne et l'Europe ont soutenu toutes les guerres d'agression menées par les États-Unis au cours des trente dernières années, du Kosovo à l'Afghanistan, en passant par l'Irak et la Libye. Merz s'est lui-même vanté dans son discours que des soldats allemands avaient combattu «aux côtés de nos partenaires américains» en Afghanistan «après le 11 septembre 2001», et a déclaré qu'il ne permettrait pas que cette mission soit «dénigrée».
Le gouvernement allemand continue de soutenir les opérations et les guerres américaines qui violent le droit international, tant qu'elles servent ses propres intérêts. En début d'année, Merz a ouvertement soutenu l'agression américaine contre le Venezuela, il appuye les préparatifs de guerre contre l'Iran et défend le génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza.
Dans ce contexte, la cérémonie officielle de commémoration de l'Holocauste au Bundestag, la veille du discours de Merz, était pure hypocrisie. Avec son «plus jamais ça» ritualisé, la classe dirigeante tente de dissimuler que c’est exactement ce qu’elle fait à nouveau: la politique de grande puissance, le militarisme et le génocide à l'extérieur, et un régime autoritaire à l’intérieur. Fait significatif, Merz n'a pas soufflé mot des développements ouvertement fascistes aux États-Unis, où les milices de l'ICE de Trump traquent les migrants et assassinent de sang-froid les contre-manifestants. La raison est évidente: militarisme à l'extérieur et pouvoir autoritaire en Allemagne sont aussi le programme de la bourgeoisie allemande.
Les déclarations de Merz sur les armes nucléaires européennes montrent à quel point ce cours est déjà avancé. Quelques heures seulement après son discours, il a confirmé, lors d'une conférence de presse conjointe avec la Première ministre lituanienne Inga Ruginiene, que des «discussions stratégiques» étaient en cours sur les armes nucléaires européennes. Ces discussions étaient «à leurs débuts» mais «nous savons que nous devons prendre à cet égard des décisions, tant sur le plan stratégique que celui de la politique militaire».
Le général de brigade Frank Pieper, directeur pour la stratégie à l'École de commandement et d'état-major des forces armées allemandes, va encore plus loin. Dans un entretien au magazine Stern, il a exigé des armes nucléaires propres à l’Allemagne et exhorté la politique à opérer «un véritable changement ». «L'Allemagne a besoin de ses propres armes nucléaires tactiques», a-t-il affirmé, ajoutant de manière provocatrice: «Qu’on quitte son lit douillet et qu’on se mette au travail!» La revendication d'une bombe atomique allemande est non seulement illégale, mais elle rapprocherait encore plus l'humanité d'une guerre nucléaire mondiale.
Si cette folie est soutenue par l'Union chrétienne-démocrate (CDU) droitière de Merz, les sociaux-démocrates (SPD) et le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne), elle l’est aussi par des partis se disant «de gauche» ou «progressistes». Les représentants du parti Die Linke et des Verts qui avaient déjà approuvé au printemps les crédits de guerre exorbitants du gouvernement n’ont pas attaqué Merz pour sa politique de guerre, mais parce que, selon eux, il n'était pas assez agressif envers les États-Unis et la Russie.
Le chef du groupe parlementaire de Die Linke, Sören Pellmann, a exhorté le gouvernement à tirer des conclusions tant pour la politique économique que pour la celle de sécurité. Il s'est ensuite exclamé: «Où est l'interdiction d'exporter des armes allemandes vers les États-Unis? Cessez de vous soumettre! Agissez!»
Pour les fauteurs de guerre du parti Vert ce sont avant tout les préparatifs de guerre contre la Russie qui sont trop lents. Faisant allusion à l'objectif affiché du gouvernement d'être prêt à une guerre contre la Russie d'ici 2029, la porte-parole des Verts pour la politique de sécurité, Sara Nanni, s'est écriée, au bord de l’hystérie: «Il nous reste 35 mois. Trente-cinq mois !…35 mois avant 2029. Je vous le demande: que faites-vous d'ici là? Qu'avez-vous réglé? Quand la flotte de l'ombre sera-t-elle neutralisée? Quand les missiles Taurus seront-ils livrés à l'Ukraine? Quand investira-t-on dans la défense globale, et quand préparera-t-on la population à ce qu’il peut y avoir une vraie crise?»
La folie de la guerre a des causes objectives que le mouvement trotskyste analyse depuis longtemps. Dès 2014, le SGP (Parti de l'égalité socialiste en Allemagne) examinait dans une résolution (article en anglais) les forces historiques et politiques qui sous-tendent la politique de guerre de tous les partis capitalistes et mettait en garde contre les conséquences d’un retour du militarisme allemand:
L'histoire revient avec la force de l’ouragan. Près de 70 ans après les crimes nazis et sa défaite dans la Seconde Guerre mondiale, la classe dirigeante allemande renoue avec la politique impérialiste de grande puissance de l'Empire du Kaiser et du Reich d'Hitler…
La propagande de l'après-guerre – selon laquelle l'Allemagne avait tiré les leçons des crimes abominables des nazis, avait «rejoint l'Occident», avait adopté une politique étrangère pacifique et s'était transformée en démocratie stable – est démasquée comme un tissu de mensonges. L'impérialisme allemand révèle à nouveau son vrai visage, tel qu'il s'est manifesté historiquement, avec toute son agressivité, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
Mais les contradictions du système capitaliste qui poussent inexorablement la société vers la guerre – entre une économie mondiale et un système d’États-nations, et entre le caractère social de la production et son appropriation privée – sont aussi celles qui créent la base objective de la révolution sociale. Aux États-Unis, la résistance à la politique fasciste de Trump s’intensifie: les ouvriers et les jeunes manifestent contre les meurtres commis par l’ICE, se mettent en grève et discutent la préparation d’une grève générale. En Allemagne et en Europe, ouvriers et jeunes doivent se tourner vers cette puissante force sociale qu’est la classe ouvrière internationale.
La réponse à la politique de «la loi du plus fort» de Trump n’est pas le «langage de la politique de puissance» allemande ou européenne, mais la mobilisation internationale de la classe ouvrière contre tous les bellicistes impérialistes. La seule perspective progressiste est celle du renversement du système capitaliste et de la construction d'une société socialiste internationale. Le SGP (Sozialistische Gleichheitspartei) et ses partis frères au sein du Comité international de la Quatrième Internationale luttent pour ce programme.
